Des femmes participent à l’aménagement d’un barrage dans le cadre d’un projet de CIMA+ au Rwanda.

L’ingénierie au-delà des frontières – Des experts canadiens à la tête de projets, du Tchad au Chili

Au nombre des projets de CIMA+ en Afrique, on compte des travaux routiers au Gabon.

Au nombre des projets de CIMA+ en Afrique, on compte des travaux routiers au Gabon.

Le Canada se situe au quatrième rang des pays exportateurs du secteur mondial des services d’ingénierie.

La société montréalaise de services-conseils en ingénierie CIMA+ réalise actuellement une étude de faisabilité d’un projet de transfert par gravitation qui contribuerait à freiner l’assèchement du bassin du Tchad, source d’eau vitale pour des millions d’habitants de quatre pays d’Afrique. Si le feu vert est donné, ce gigantesque projet de plusieurs milliards de dollars visant à régénérer ce qui était jadis l’un des grands lacs de la planète figurerait parmi les plus importants du genre jamais réalisés.

Il y a deux ans, le cabinet d’experts-conseils Magna IV Engineering d’Edmonton a ouvert un bureau au Chili, où il travaillait déjà depuis plusieurs années à des projets d’extraction du cuivre. L’entreprise a ainsi pu percer dans le secteur hospitalier et dans les industries de l’alimentation et des pâtes et papiers du pays.

Bienvenue dans le secteur mondial des services d’ingénierie, où le Canada se situe au quatrième rang des pays exportateurs, derrière seulement les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Près de 30 % des recettes – de 21,4 milliards de dollars en 2010 – des sociétés canadiennes du secteur est tiré de l’exportation, estime John Gamble, président de l’Association des firmes d’ingénieurs-conseils – Canada (AFIC), qui regroupe 500 cabinets.

Au bas mot, quelque 40 billions de dollars devront être investis en infrastructure à l’échelle mondiale, prévoit GE Infrastructure.

« Ce ne sont pas les projets qui manquent », confirme Ken Unruh, président du Conseil d’administration de Magna. « Il s’agit de choisir les bons et de respecter les critères de risque pour ne pas compromettre les opérations en cours. »

M. Gamble affirme que les ingénieurs canadiens sont prisés pour le savoir-faire qu’ils ont acquis dans le cadre de mégaprojets liés aux abondantes ressources naturelles canadiennes. Le Canada est par ailleurs l’un des rares pays à réglementer les services d’ingénierie. De plus, « les Canadiens font preuve de sensibilité interculturelle. Nous avons beaucoup de crédibilité sur le marché international ».

CIMA+ a profité de cette crédibilité pour accroître ses activités en Afrique, où elle compte maintenant quatre bureaux. Elle s’est aussi aventurée sur le marché asiatique et a récemment fait l’acquisition d’un cabinet de consultation à Hanoï, au Vietnam, dans le cadre d’une coentreprise dont font aussi partie une société publique et un organisme d’État. Elle envisage aussi d’ouvrir des bureaux à Abou Dhabi et en Amérique latine.

EDC est une ressource précieuse pour les cabinets de services d’ingénierie de toute taille, soutient M. Gamble, leur procurant des prêts, garanties et cautionnements pour leurs activités à l’étranger. « Grâce aux services d’EDC, nos membres peuvent consolider leurs assises et aborder avec plus de confiance les marchés étrangers. » La Société peut aussi leur fournir des assurances afin de réduire les risques en cas d’instabilité politique.

Éviter la corruption

Comme c’est aussi le cas d’autres industries, le secteur de l’ingénierie doit parfois composer avec la corruption sur des marchés émergents où la gouvernance et les contrôles institutionnels sont inadéquats. C’est pourquoi la Fédération internationale des ingénieurs-conseils (fidic.org) a créé un guide des pratiques exemplaires, explique M. Gamble. Aujourd’hui, les firmes abordent plus prudemment toute association avec des parrains de projets étrangers sur des marchés émergents où des incidents de corruption ont été signalés, « ce qui est fort positif ».

Une rencontre imprévue mène à l’Afrique

CIMA+ s’est intéressée à l’Afrique il y a à peine dix ans, lorsqu’un ancien camarade de classe africain a avisé Kazimir Olechnowicz, président et chef de la direction, de la possibilité d’établir des relations dans le secteur du génie-conseil sur le continent. CIMA+ travaille maintenant dans 30 pays africains à des projets d’ingénierie, allant de l’hydroélectricité à la filtration de l’eau en passant par les travaux routiers.

Il est clair pour nos clients africains que nous voulons travailler avec eux pour les aider, ce qu’ils apprécient.

Le Canada jouit d’un avantage certain en Afrique, constate M. Olechnowicz. « Les Canadiens peuvent travailler tant en français qu’en anglais, et notre approche consiste à comprendre d’abord le contexte social et politique avant de proposer des solutions. Il est clair pour nos clients africains que nous voulons travailler avec eux pour les aider, ce qu’ils apprécient. »

Les avantages de participer à un projet qui profite aux gens l’emportent largement sur les problèmes en découlant, ajoute-t-il. « Il est extrêmement gratifiant d’amener l’eau courante ou l’électricité dans de petits villages du Congo ou du Niger, car on voit en quoi cela les aide concrètement. »

CIMA+ a financé plusieurs de ses projets en Afrique par l’entremise de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.

« J’ai bon espoir que durant la prochaine année, nous pourrons réaliser de nouveaux projets en Asie, en Afrique et en Europe orientale, affirme M. Olechnowicz. Nous aimerions étendre notre rayonnement international afin de pouvoir travailler dans une nouvelle région lorsque les choses ralentiront là où nous sommes. »

CIMA+ cible des contrats de 50 à 125 millions de dollars dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et des eaux usées. Elle est aussi en train de s’établir dans un créneau aéroportuaire.

Prospection… de clientèle au Chili

Magna IV Engineering a fait ses premiers pas au Chili dans les années 1980 lorsqu’elle a commencé à aider des fabricants allemands d’équipement minier comme ThyssenKrupp à installer et à exploiter leurs machines dans des mines chiliennes.

Magna IV Engineering de l’Alberta, qui s’est bâti une expertise de la réalisation de vastes projets pour les secteurs des services publics et de l’infrastructure et le secteur industriel, a investi dans une présence locale au Chili afin d’accroître sa clientèle en Amérique du Sud.

Pendant des décennies, le cabinet a réalisé de petits projets partout au monde, allant de la production de gaz naturel liquéfié en Angola à la fabrication de verre en Chine. Ces projets étaient généralement de courte durée, et seuls quelques employés y collaboraient.

Mais en 2010, Magna a ouvert un bureau à Santiago, au Chili, ce qui lui a permis d’offrir directement ses services d’ingénierie électrique à des entreprises minières et de se lancer dans d’autres secteurs. Une trentaine d’employés travaillent au Chili à ses projets qui valent des millions de dollars.

L’entreprise compte 190 employés et espère porter d’ici la fin de l’année son effectif à Santiago de 25 à 35 personnes. L’an dernier, elle a aussi ouvert un bureau doté de six employés à Denver, au Colorado, au cœur de l’industrie minière américaine. Lorsque ce bureau deviendra autonome, ce qui devrait être le cas dès cette année, Magna pourrait envisager d’ouvrir d’autres bureaux aux États-Unis. La société tire maintenant 20 % de son chiffre d’affaires de 34 millions de dollars de ses filiales chilienne et américaine.

« Des entreprises de partout au monde viennent maintenant rivaliser avec nous ici même au Canada. Nous devons nous aussi aller proposer nos produits et services ailleurs », soutient Ken Unruh, président du Conseil d’administration de Magna.

« Cela vaut pour d’autres industries aussi. Si elles craignent de s’aventurer à l’extérieur du Canada, elles constateront rapidement que les étrangers n’ont pas peur, eux, de venir chez nous. Nous n’avons plus le choix. »

Il reste cependant que s’installer à l’étranger n’est pas sans défis. M. Unruh soulève entre autres les différences linguistiques et le besoin de comprendre le contexte commercial, notamment les règlements fiscaux et les lois sur la main-d’œuvre et le travail. De plus, comme il y a une énorme demande de cuivre à l’échelle de la planète, des sommes « phénoménales » sont investies au Chili et y font monter les salaires à des niveaux se rapprochant de ceux du Canada.

Nous devons nous aussi aller proposer nos produits et services ailleurs.

« Avant de nous installer au Chili, nous n’avons pas étudié le marché en profondeur, reconnaît M. Unruh. Nous avions réalisé quelques projets là-bas et pensions, sans doute naïvement, qu’une présence y serait rentable. » Il estime toutefois qu’il ne faut pas suranalyser les marchés étrangers avant de s’y risquer, car « cela pourrait nous effrayer et nous amener à abandonner ».

« Il faut avoir un peu la foi et se jeter bravement dans la mêlée, tout en s’assurant que si les choses ne vont pas rondement, l’entreprise aura les reins assez solides pour survivre. »

Dans le cas de Magna, le pari a été payant. À Santiago, la concurrence est inexistante pour ce qui est de l’expertise du cabinet relative à certains systèmes de contrôle. Magna croit qu’elle peut reproduire ses succès chiliens dans d’autres pays d’Amérique du Sud. Mais avant, elle ouvrira probablement un deuxième bureau au Chili, au cœur de la région minière de Norte Grande.

Magna a recours aux services d’EDC depuis que ses projets miniers ont atteint les sept chiffres. Des entreprises minières chiliennes lui ont demandé de leur fournir l’équivalent de plusieurs millions de dollars en équipement électrique pour deux projets d’une valeur de 6 et de 8 millions de dollars. Sans soutien, Magna aurait éprouvé des difficultés en matière de liquidités et de fonds de roulement. « C’est à ce moment-là qu’EDC est intervenue et qu’elle a garanti à notre banque le fonds d’exploitation nécessaire pour ces projets, explique M. Unruh. Pour une entreprise de 30 millions de dollars, il s’agit d’un financement assez important. »

Catégories Infrastructure et construction, Services

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